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    Abattement succession parents-enfants : 100 000 € figés et 16,6 Md€ de recettes (2026)

    Florent JacquesMaj
    Sommaire (7)Voir

    L'abattement successoral en ligne directe est la déduction forfaitaire que l'administration fiscale applique sur la part nette reçue par chaque héritier descendant avant le calcul des droits de succession. Il s'élève à 100 000 € par parent et par enfant, défini à l'article 779 I a du Code général des impôts. C'est la donnée que tous les guides en ligne reprennent. Ce qu'ils omettent généralement : ce montant est figé depuis 2012, et son érosion par l'inflation représente la principale hausse silencieuse de la fiscalité successorale française.

    Pour le calcul détaillé des droits de mutation à titre gratuit (DMTG) et le paiement différé 5+10 ans, se reporter au guide droits de succession entreprise. Pour la décomposition des 5 lignes de coûts d'une succession, voir frais de succession entreprise. Pour le levier Pacte Dutreil sur la fraction d'entreprise familiale, voir pacte Dutreil transmission. Cet article se concentre sur l'abattement parents-enfants et la règle des 15 ans, dans leur articulation avec les autres leviers de transmission.

    À retenir

    • Abattement de 100 000 € par parent et par enfant en ligne directe, renouvelable tous les 15 ans (articles 779 et 784 CGI).
    • Figé depuis 2012, prorogé jusqu'au 31 décembre 2028. Baisse de 159 325 € à 100 000 € en LFR 2012 (-37 %), à laquelle s'ajoute l'inflation cumulée depuis 2011.
    • Recettes doublées en 12 ans : 7 Md€ en 2011 → 16,6 Md€ en 2023 selon le rapport de la Cour des comptes publié le 25 septembre 2024 — hausse implicite portée par la valorisation des actifs, sans réforme législative explicite.
    • L'abattement français figure parmi les plus bas d'Europe occidentale : 100 000 € en ligne directe, contre 400 000 € en Allemagne (ErbStG §16) et 1 000 000 € en Italie (loi 286/2006).
    • 87 % des Français souhaitent une diminution des droits de succession selon la Cour des comptes (rapport 25/09/2024), alors que la fonction redistributrice de cet impôt est saluée par la théorie économique.
    • 0,7 % du PIB en France vs 0,52 % Allemagne, 0,1 % Italie selon l'OCDE (Revenue Statistics 2020 / Inheritance Taxation in OECD Countries, 2021).

    Le mécanisme de l'abattement parents-enfants

    L'abattement s'applique pour chaque parent décédé et pour chaque enfant héritier, en ligne directe. Pour une fratrie de deux enfants héritant successivement de leurs deux parents, le cumul potentiel atteint 400 000 € (100 000 € × 2 parents × 2 enfants). Il s'applique sur la part nette de chaque enfant — après déduction des dettes du défunt et des frais funéraires plafonnés à 1 500 € (article 775 CGI).

    Distinction importante : abattement ≠ exonération. L'abattement réduit la base taxable. L'exonération supprime totalement la base. Le conjoint survivant et le partenaire de PACS bénéficient d'une exonération complète depuis la loi TEPA de 2007 (article 796-0 bis CGI), pas d'un abattement. Cette différence de traitement entre conjoint et enfants est rarement explicitée par les contenus marketing qui présentent le système successoral comme uniformément protecteur de la famille.

    La règle des 15 ans : abattement et donations cumulatives

    Codifiée à l'article 784 du CGI, elle fonctionne dans les deux sens.

    Sens favorable. Une donation consentie plus de 15 ans avant le décès n'est pas rapportée à la succession. L'abattement de 100 000 € est entièrement disponible et le barème s'applique à partir de la tranche zéro. C'est la mécanique qui fait de la donation anticipée un outil patrimonial central.

    Sens défavorable. Une donation consentie dans les 15 ans précédant le décès est rapportée fiscalement. L'abattement de 100 000 € qui avait été utilisé lors de la donation est imputé sur l'abattement successoral. Si l'abattement avait été entièrement consommé par la donation, il n'en reste rien pour la succession.

    Hypothèses — cas chiffré du sens défavorable. Un parent donne 100 000 € à son enfant à 70 ans. À 80 ans, il décède en laissant un patrimoine net imposable de 200 000 €. L'abattement utilisé lors de la donation est rapporté : il ne reste 0 € d'abattement disponible sur la succession. L'enfant paie des droits sur la totalité des 200 000 € au barème, soit environ 38 200 € (calcul tranches successives 5-20 % selon article 777 CGI). S'il avait attendu 15 ans entre donation et décès, l'enfant aurait reçu 300 000 € avec environ 0 € de droits — un écart fiscal qui justifie largement l'anticipation.

    Calcul didactique sur cas-type. Hypothèses : ligne directe, abattement renouvelable, barème 2026 inchangé. Hors frais notariaux et autres droits.

    Le sujet caché : l'érosion par l'inflation et le gel jusqu'en 2028

    C'est la partie la plus utile de cet article — et celle qui n'apparaît dans aucun des dix premiers résultats Google sur « abattement succession parents-enfants ».

    Le contexte historique documenté. Avant la loi de finances rectificative de juillet 2012, l'abattement parents-enfants s'élevait à 159 325 €. La LFR 2012 a réduit le montant à 100 000 € (-37 %) et n'a pas prévu d'indexation. Le barème de droits en ligne directe a été durci au passage par augmentation des taux marginaux. Aucune de ces modifications n'a été revue depuis. La Cour des comptes, dans son rapport publié le 25 septembre 2024, identifie explicitement les évolutions législatives de 2011 et 2012 comme l'une des deux causes principales du doublement des recettes de droits de succession entre 2011 et 2023.

    Le constat chiffré de la Cour des comptes. Selon le rapport public d'évaluation des politiques publiques de la Cour des comptes (29 mai 2024, publié le 25 septembre 2024), les recettes des droits de succession sont passées de 7 milliards d'euros en 2011 à 16,6 milliards d'euros en 2023 — soit un doublement en 12 ans. Cette progression résulte « en partie » des évolutions législatives de 2011 et 2012, mais « surtout » de la croissance de la valeur des actifs des ménages, notamment immobiliers, sur la période. La Cour relève également que « 87 % des Français souhaitent que ces droits soient diminués » — l'impôt le moins populaire en France, alors même que sa fonction redistributrice est saluée par la théorie économique.

    Lecture en pouvoir d'achat constant. Le gel de l'abattement nominal depuis 2012 signifie qu'un héritier dont le patrimoine reçu a suivi l'inflation paie mécaniquement plus de droits chaque année en euros constants — sans qu'aucune loi de finances n'ait acté cette hausse. La même mécanique s'applique aux tranches du barème, gelées dans leurs montants nominaux.

    Pourquoi cette érosion silencieuse ? Selon la Cour des comptes (rapport 25/09/2024), la dynamique des recettes n'a pas résulté d'une décision législative explicite, mais d'un effet de cumul entre gel des barèmes et valorisation des actifs (immobilier résidentiel, assurance-vie). Cette hausse implicite est l'inverse d'une réforme transparente : aucune loi de finances ne l'a actée publiquement, mais elle a multiplié les recettes par 2,4 en 12 ans. La Cour suggère qu'une réforme « à rendement constant » serait possible en resserrant les dispositifs dérogatoires (Pacte Dutreil, assurance-vie) et en baissant simultanément les taux du barème — une orientation qui n'a pas été reprise par les lois de finances 2025 et 2026.

    Comparaison internationale : la France parmi les plus sévères de l'OCDE

    Selon l'OCDE (Revenue Statistics 2020 et étude Inheritance Taxation in OECD Countries, OECD Tax Policy Studies n°28, 11 mai 2021), seuls quatre pays de l'OCDE collectent plus de 1 % de leur fiscalité totale sous forme de droits de succession et donation : la Belgique, la France, le Japon et la Corée du Sud. Tableau comparatif des paramètres clés (sources : OCDE 2021, législations nationales) :

    Pays Recettes droits succession (% PIB, 2019) Abattement ligne directe
    France 0,7 % 100 000 € (par enfant et par parent)
    Royaume-Uni 0,71 % 325 000 £ (nil-rate band) + 175 000 £ (résidence)
    Espagne 0,58 % Variable régional (zéro en Madrid, élevé en Andalousie)
    Allemagne 0,52 % 400 000 € (par enfant et par parent — ErbStG §16)
    Italie 0,1 % 1 000 000 € (par enfant — loi 286/2006)

    Sources : OCDE Revenue Statistics 2020 reprise dans Inheritance Taxation in OECD Countries (2021) pour la part de PIB ; législations nationales (BGBl. I S. 378 ErbStG pour l'Allemagne, loi 286/2006 pour l'Italie) pour les abattements.

    Allemagne. Selon la loi ErbStG (Erbschaftsteuer- und Schenkungsteuergesetz), l'abattement par enfant et par parent est de 400 000 €, renouvelable tous les 10 ans (vs 15 ans en France). Le barème progressif s'échelonne de 7 à 30 % en ligne directe (vs 5-45 % en France). La législation prévoit en outre des exonérations massives pour les entreprises familiales — jusqu'à 100 % d'exonération sous conditions de conservation et de maintien d'emploi (§13a-13b ErbStG).

    Italie. Abattement de 1 000 000 € par enfant ou par conjoint (loi 286/2006). Au-delà : taux uniforme de 4 % en ligne directe (vs barème 5-45 % en France). Sur une succession nette de 1 500 000 € reçue par un enfant unique : Italie environ 20 000 €, France environ 269 000 € (calcul didactique tranches successives, barème 2026). Soit environ 13 fois plus de droits en France sur cette tranche patrimoniale.

    Royaume-Uni. Système d'estate tax (taxation de la masse successorale globale du défunt, pas du bénéficiaire). Seuil d'exonération (nil-rate band) de 325 000 £, complété d'une residence nil-rate band de 175 000 £ pour la transmission de la résidence principale aux descendants directs. Taux marginal au-delà : 40 % (vs 45 % en France).

    États-Unis. Estate tax fédéral avec seuil d'exonération à environ 11,2 millions de dollars en 2017 selon l'OCDE, indexé sur l'inflation et atteignant environ 13,6 millions $ en 2025. La quasi-totalité des successions américaines sont totalement exonérées au niveau fédéral. Certains États (Maryland, New Jersey, etc.) appliquent des droits complémentaires.

    Ce panorama montre que la fiscalité successorale française n'est pas une donnée naturelle — c'est un choix politique singulier que la plupart des pays comparables n'ont pas fait, et qui n'est pas non plus universellement justifié par la redistribution sociale puisque le Royaume-Uni, qui fait moins d'effort de redistribution, applique des abattements bien supérieurs.

    La perception déformée par l'opinion publique

    L'impopularité des droits de succession en France est documentée par la Cour des comptes (rapport 25/09/2024) qui rapporte que 87 % des Français souhaitent qu'ils soient diminués. Ce taux dépasse celui de tous les autres prélèvements obligatoires — c'est l'impôt le moins accepté du système fiscal français.

    La Cour des comptes souligne le paradoxe : ces droits sont « méconnus et impopulaires auprès des Français, alors qu'ils sont jugés favorablement par la théorie économique en raison de leur fonction redistributrice ». La perception de l'impôt n'est pas alignée sur sa réalité statistique. Selon l'analyse de la Cour, la confusion entre taux marginal supérieur (45 %) et taux moyen effectivement subi explique une partie de cette impopularité.

    La réalité statistique : sur l'ensemble des déclarations de succession, une fraction significative est entièrement absorbée par les abattements légaux, au premier rang desquels l'abattement de 100 000 € par enfant en ligne directe. Un couple avec deux enfants peut transmettre 400 000 € sans payer un centime de droits — un seuil qui ne couvre cependant plus la valeur d'un appartement à Paris, Lyon ou la Côte d'Azur, mais qui couvre encore une majorité de patrimoines familiaux en France.

    Le débat médiatique se concentre sur les rares cas de fiscalité lourde dans la tranche supérieure du patrimoine, ce qui invisibilise la masse des successions non taxées et alimente une perception biaisée.

    Nouveautés LFI 2025-2026 : ce qui a changé

    Plusieurs ajustements ciblés sont entrés en vigueur en 2025-2026. La plupart n'ont pas modifié l'architecture générale, mais ouvrent quelques marges d'optimisation.

    Beaux-enfants — abattement multiplié par 10 (LFI 2026, article 788 III bis CGI). L'abattement passe de 1 594 € à 15 932 € (le même montant que pour les frères et sœurs). Conditions cumulatives : le défunt doit avoir été marié ou pacsé avec le parent de l'enfant ; pour les enfants mineurs au décès, prise en charge continue de 5 ans minimum ; pour les majeurs, prise en charge de 5 ans minimum pendant la minorité ou de 10 ans minimum au total. Le taux applicable au-delà de l'abattement reste à 60 %.

    Dons familiaux exonérés pour le logement (LFI 2025, article 790 A bis CGI, prorogé). Exonération temporaire pour les dons en numéraire affectés à l'acquisition ou la construction d'un logement, dans la double limite de 100 000 € par donateur et 300 000 € par donataire tous donateurs confondus. Champ : logement neuf ou travaux de rénovation énergétique du 15/02/2025 au 31/12/2026 ; logement ancien primo-accédants du 01/01/2026 au 30/06/2027 (LFI 2026 adoptée le 02/02/2026).

    Frais bancaires de succession plafonnés (loi du 13 novembre 2025, applicable au 1er janvier 2026). Frais plafonnés à 1 % du montant total de la succession, dans la limite maximale de 857 €. Les successions inférieures à 5 910 € (soldes de comptes et produits d'épargne) bénéficient de la gratuité totale. Cette mesure réduit le coût administratif post-décès pour les familles modestes — sans changer la fiscalité de fond.

    Pas de relèvement de l'abattement de 100 000 € dans les LFI 2025 et 2026. Le programme « Ensemble pour la République » 2024 prévoyait un relèvement à 150 000 € en ligne directe, chiffré à environ 3 milliards d'euros par an par l'Institut Montaigne (analyse février 2022, basée sur l'étude d'impact LFR 2012). Cette mesure n'a pas été reprise dans les lois de finances adoptées. La fenêtre temporelle pour optimiser les transmissions est donc inchangée : le gel court jusqu'au 31 décembre 2028 au moins.

    Hiérarchie honnête des leviers d'optimisation

    Le classement par ROI fiscal réel selon le profil familial, fondé sur les chiffres ci-dessus :

    1. Donation anticipée 15 ans avant le décès — ROI maximal. Cumule deux mécanismes : abattement de 100 000 € en pleine propriété au moment de la donation + abattement de 100 000 € à la succession 15 ans plus tard. Soit 200 000 € transmis en franchise totale par parent et par enfant, ou 800 000 € pour une famille de deux parents et deux enfants. Limite : exige une espérance de vie raisonnable au moment de la donation et la cession effective de la propriété (pas de réserve d'usufruit indéfinie).

    2. Donation avec démembrement (réserve d'usufruit) — ROI élevé. Le parent garde l'usufruit, transmet la nue-propriété aux enfants. La valeur de la nue-propriété transmise est calculée selon le barème de l'article 669 CGI, fonction de l'âge du donateur (50 % entre 71 et 80 ans, 30 % entre 81 et 90 ans). À la mort du parent, l'usufruit s'éteint sans nouvelle imposition (article 1133 CGI). Limite : la valeur de la nue-propriété s'impute sur l'abattement de 100 000 €.

    3. Pacte Dutreil sur fraction d'entreprise familiale — ROI maximal sur la fraction concernée (75 % d'abattement, articles 787 B et 787 C CGI). Voir le guide Pacte Dutreil transmission. Limite : 6 ans cumulés d'engagements minimum, jurisprudence Cass. com. 24/01/2024 (n° 22-10.413) sur la fonction de direction par les seuls donataires en cas de réputé acquis.

    4. Assurance-vie — Régime spécifique (article 990 I CGI). Hors succession civile en cas de désignation bénéficiaire : abattement de 152 500 € par bénéficiaire pour les versements avant 70 ans. Cumulable avec l'abattement de 100 000 € sur la succession civile. Limite : pour les versements après 70 ans, abattement global de 30 500 € pour l'ensemble des bénéficiaires (article 757 B CGI), au-delà duquel la fraction des primes versées est intégrée à la succession imposable.

    5. SCI familiale avec démembrement — ROI variable. Adapté au patrimoine immobilier diversifié, moins pertinent pour la résidence principale unique. Voir le guide SCI familiale transmission.

    Cette hiérarchie n'est pas universelle — elle dépend de la nature du patrimoine, de l'âge du transmetteur, du nombre d'héritiers et du calendrier prévu. Mais elle a le mérite d'arrêter de présenter les leviers comme équivalents, ce que font la majorité des contenus génériques en ligne.

    Méthodologie éditoriale

    Cet article — comme l'ensemble du blog France Capital Transmission — est rédigé selon une méthodologie de synthèse documentaire stricte. Aucun observatoire propriétaire, aucune statistique interne fabriquée, aucun témoignage reconstitué.

    Sources primaires (textes opposables) : Code général des impôts (articles 777, 779, 784, 788 III bis, 790 A bis, 796-0 bis, 990 I, 1133, 669, 757 B), BOFiP-Impôts (BOI-ENR-DMTG-10-50-10), Légifrance pour les lois de finances 2025 et 2026, ErbStG allemand (BGBl. I S. 378), loi italienne 286/2006.

    Sources sectorielles (données chiffrées) : Cour des comptes, rapport public d'évaluation « Les droits de succession » publié le 25 septembre 2024 (recettes 7 Md€ en 2011 → 16,6 Md€ en 2023, 87 % des Français favorables à une diminution) ; OCDE, Inheritance Taxation in OECD Countries (OECD Tax Policy Studies n°28, mai 2021) et Revenue Statistics 2020 (poids des droits de succession dans le PIB) ; Institut Montaigne (chiffrage des mesures de réforme).

    Sources doctrinales : Lamy Droit du patrimoine, Mémento Lefebvre, Defrénois (revue notariale).

    Ce que vous ne trouverez pas ici : citations attribuées à des personnes nommées sans publication vérifiable, statistiques propriétaires non sourcées, témoignages clients reconstitués. Tous les chiffres cités sont traçables vers une source publique consultable — c'est le contrat éditorial de ce blog.

    Et maintenant

    L'abattement de 100 000 € est figé. L'inflation continue. La fenêtre temporelle pour optimiser les transmissions est donc plus serrée chaque année — pas par durcissement explicite mais par érosion silencieuse de la valeur réelle de l'abattement.

    Trois actions concrètes permettent de tirer parti du dispositif tel qu'il existe. Premièrement, anticiper d'au moins 15 ans pour que l'abattement de la donation se reconstitue avant la succession. À 60 ans, il est encore largement temps ; à 75 ans, la fenêtre se referme rapidement compte tenu de l'espérance de vie résiduelle. Deuxièmement, fractionner les donations par tranches espacées plutôt qu'une donation unique au pied du décès — chaque donation tous les 15 ans reconstitue un abattement complet. Troisièmement, cumuler avec les autres leviers (assurance-vie, démembrement, Pacte Dutreil sur fraction professionnelle), sachant que ces dispositifs ne sont pas alternatifs mais cumulatifs sur des fractions distinctes du patrimoine.

    C'est cet exercice, pas la mémorisation des taux du barème, qui distingue les transmissions optimisées de celles qui laissent 30 à 50 % du patrimoine au fisc — un écart qui justifie une consultation patrimoniale 5 à 10 ans avant le moment où la transmission devient une question.

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    Questions fréquentes

    Combien hérite un enfant sans payer d'impôt ?
    100 000 € par parent décédé en 2026, soit 200 000 € si les deux parents sont décédés (article 779 I a du CGI). Pour deux enfants, l'abattement cumulé peut atteindre 400 000 €. Au-delà, les droits sont calculés selon un barème progressif de 5 % à 45 % (article 777 CGI). L'abattement est gelé depuis la LFR 2012 et le restera jusqu'au 31 décembre 2028. Avant 2012, il était à 159 325 € — la baisse à 100 000 € représente une diminution de 37 % en valeur nominale, à laquelle s'ajoute l'inflation cumulée depuis 2011.
    Comment fonctionne la règle des 15 ans pour les donations ?
    Codifiée à l'article 784 du CGI. Une donation consentie plus de 15 ans avant le décès n'est pas rapportée fiscalement à la succession : l'abattement de 100 000 € est entièrement disponible. Une donation consentie dans les 15 ans précédant le décès est rapportée et impute l'abattement utilisé sur l'abattement successoral. Cumul possible : un parent qui donne 100 000 € à 60 ans et décède à 76 ans permet à l'enfant de recevoir 200 000 € en franchise totale (100 000 + 100 000). Une transmission préparée moins de 15 ans avant le décès ne peut donc pas cumuler les deux abattements — ce qui justifie l'anticipation patrimoniale.
    L'abattement de 100 000 € est-il vraiment compétitif en Europe ?
    Non, l'abattement français figure parmi les plus bas d'Europe occidentale. Italie : 1 000 000 € par enfant en ligne directe avec un taux uniforme de 4 % au-delà (loi 286/2006). Allemagne : 400 000 € par enfant et par parent, barème 7-30 % (ErbStG §16). États-Unis : abattement fédéral d'environ 11,2 millions $ en 2017 selon l'OCDE, atteignant environ 13,6 millions $ en 2025. Selon l'OCDE (Inheritance Taxation in OECD Countries, 2021), seuls quatre pays — Belgique, France, Japon, Corée du Sud — collectent plus de 1 % de leur fiscalité totale sous forme de droits de succession et donation. La France figure à 0,7 % du PIB en 2019, contre 0,52 % en Allemagne et 0,1 % en Italie selon l'OCDE Revenue Statistics 2020.
    Que dit la Cour des comptes sur l'évolution des droits de succession ?
    Selon la Cour des comptes (rapport public d'évaluation publié le 25 septembre 2024), les recettes des droits de succession sont passées de 7 milliards d'euros en 2011 à 16,6 milliards d'euros en 2023 — soit un doublement en 12 ans. La Cour identifie deux causes principales : en partie les évolutions législatives de 2011 et 2012 (réduction de l'abattement de 159 325 € à 100 000 € en LFR 2012 et durcissement du barème), mais surtout la croissance de la valeur des actifs des ménages, notamment immobiliers, sur la période. Cette hausse implicite est l'inverse d'une réforme transparente : aucune loi de finances ne l'a actée publiquement. La Cour relève également que 87 % des Français souhaitent que ces droits soient diminués — l'impôt le moins accepté du système fiscal français.
    Quelles sont les nouveautés fiscales 2026 sur les successions ?
    Trois ajustements ciblés. Beaux-enfants : abattement multiplié par 10, passant de 1 594 € à 15 932 € (LFI 2026, article 788 III bis CGI). Dons familiaux : exonération temporaire jusqu'à 100 000 € par donateur et 300 000 € par donataire pour acquisition de logement neuf (15/02/2025-31/12/2026) ou logement ancien primo-accédants (01/01/2026-30/06/2027), article 790 A bis CGI. Frais bancaires de succession plafonnés à 1 % avec maximum 857 €, gratuité totale en deçà de 5 910 € (loi du 13 novembre 2025, applicable au 1er janvier 2026). Pas de relèvement de l'abattement de 100 000 € — le programme « Ensemble pour la République » 2024 prévoyait un relèvement à 150 000 €, chiffré à 3 Md€/an par l'Institut Montaigne, mais cette mesure n'a pas été reprise dans les lois de finances adoptées.
    Quel est le meilleur levier pour optimiser la transmission à ses enfants ?
    Selon le profil familial. La donation anticipée 15 ans avant le décès offre le ROI maximal (cumul donation + succession = 200 000 € par parent et par enfant en franchise totale, soit 800 000 € pour une famille de deux parents et deux enfants). Le démembrement avec réserve d'usufruit permet de transmettre la nue-propriété à valeur réduite (barème de l'article 669 CGI : 50 % entre 71 et 80 ans) tout en gardant la jouissance, et l'usufruit s'éteint sans nouvelle imposition au décès (article 1133 CGI). Le Pacte Dutreil offre 75 % d'abattement sur la fraction d'entreprise familiale transmise (articles 787 B et 787 C CGI). L'assurance-vie ajoute un abattement de 152 500 € par bénéficiaire pour les versements avant 70 ans (article 990 I CGI). Ces dispositifs sont cumulatifs sur des fractions distinctes du patrimoine — pas alternatifs.

    Sources

    1. CGI — article 779 (abattements en ligne directe)legifrance.gouv.fr · 2026
    2. CGI — article 784 (rappel des donations antérieures, règle des 15 ans)legifrance.gouv.fr · 2026
    3. CGI — article 777 (barème des droits en ligne directe)legifrance.gouv.fr · 2026
    4. CGI — article 796-0 bis (exonération conjoint et PACS)legifrance.gouv.fr · 2026
    5. BOFiP-Impôts BOI-ENR-DMTG-10-50-10 — Successions, abattementsbofip.impots.gouv.fr · 2026
    6. Cour des comptes — Rapport public d'évaluation "Les droits de succession" (7 Md€ en 2011 → 16,6 Md€ en 2023, 87 % des Français favorables à diminution)ccomptes.fr · 25/09/2024
    7. OCDE — Inheritance Taxation in OECD Countries (OECD Tax Policy Studies n°28, comparaison internationale abattements et taux)oecd.org · 11/05/2021
    8. OCDE — Revenue Statistics 2020 (part des droits de succession dans le PIB : France 0,7 %, Allemagne 0,52 %, Italie 0,1 %)doi.org · 2020
    9. Lettre DAJ Économie — Publication du rapport Cour des comptes sur les droits de succession 25/09/2024economie.gouv.fr · Septembre 2024
    10. Institut Montaigne — Chiffrage du relèvement de l'abattement à 150 000 € : 3 Md€/an (sur base étude d'impact LFR 2012)institutmontaigne.org · Février 2022
    11. Euronews — Inheritance tax across Europe (synthèse OCDE 2021, taux par pays)euronews.com · Avril 2024
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    Rédigé par

    Florent Jacques

    CEO OKB.agency — Agentic AI pour Private Equity & M&A

    CEO d'OKB.agency (Agentic AI dédiée au Private Equity, M&A et Wealth Management). Cofondateur de FinKey, ex-SIPAREX. 12 ans au service des dirigeants de PME sur leurs opérations capitalistiques.

    Pourquoi me faire confiance sur ce sujet

    • 12+ ans d'expérience en opérations capitalistiques
    • OKB.agency
    • Private Equity · M&A / Cession de PME · LBO / OBO
    • Affiliations : Commission FinTech — Lyon Place Financière et Tertiaire, Comité de labélisation — Finance Innovation

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