France Capital Transmission
Cession d'entreprise

Vendre son entreprise à 70 ans : le report coûte plus en décote qu'en impôt

Florent JacquesMaj
Illustration éditoriale — Vendre son entreprise à 70 ans (Cession d'entreprise), France Capital Transmission
Cession d'entreprise — analyse France Capital Transmission pour les dirigeants de PME. — Illustration France Capital Transmission
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Vendre son entreprise à 70 ans est une décision que beaucoup de dirigeants repoussent d'une année sur l'autre, souvent jusqu'à 75 ans. En octobre 2026, ce report a un coût mesurable, même quand l'entreprise distribue de bons dividendes. Plusieurs mécanismes jouent contre le dirigeant septuagénaire, au premier rang desquels la fenêtre de 24 mois de l'abattement retraite, la décote liée à sa propre présence, et le risque d'un décès ou d'une incapacité avant la signature. À la fin de cet article, le cédant saura quels seuils d'âge comptent vraiment, lesquels sont surestimés, et à partir de quelle décote un report de cinq ans devient perdant.

Vendre son entreprise à 70 ans : trois horloges fiscales et une horloge personnelle

Un cédant septuagénaire est un dirigeant actionnaire âgé de 70 à 79 ans qui prépare la vente de ses titres à un tiers ou leur transmission à sa famille. Sa situation diffère de celle d'un cédant de 60 ans sur deux points : plusieurs dispositifs fiscaux dépendent de son âge ou de la date de sa retraite, et l'aléa de santé entre dans le calendrier.

Le marché concerné est large. L'étude publiée le 27 novembre 2025 par Bpifrance Le Lab, avec le CRA, CCI France et CMA France, évalue à 370 000 le nombre d'entreprises à transmettre d'ici 2030. Elle n'anticipe que 130 000 transmissions effectives sur cinq ans au rythme actuel (Bpifrance Création, 27 novembre 2025). Selon la même enquête, menée auprès de 5 000 dirigeants, 64 % des intentions de transmission sont liées à un départ en retraite.

Quatre horloges tournent en même temps pour le dirigeant de plus de 70 ans :

  1. La fenêtre de 24 mois de l'abattement de 500 000 € (CGI, art. 150-0 D ter) : la retraite de dirigeant doit être liquidée dans les 24 mois qui précèdent ou suivent la cession.
  2. Le seuil de 70 ans de la réduction de 50 % des droits de donation sous Pacte Dutreil (CGI, art. 790).
  3. Les seuils de 71 et 81 ans du barème fiscal de l'usufruit (CGI, art. 669), qui renchérissent toute donation de nue-propriété.
  4. L'horloge personnelle : santé, capacité juridique, et dépendance de l'entreprise à son dirigeant, que l'acquéreur mesure lors de son audit d'acquisition.

Les trois premières sont écrites dans le code général des impôts. La quatrième pèse davantage sur le prix, sans figurer dans aucun texte. Le cadre général de l'opération, du mandat de cession à la signature définitive, est exposé dans le guide de la cession d'entreprise.

Abattement retraite de 500 000 € : la fenêtre de 24 mois après la liquidation des droits

L'abattement retraite de l'article 150-0 D ter du CGI est une réduction fixe de 500 000 € sur la plus-value de cession de titres de PME, réservée au dirigeant qui part à la retraite. La loi de finances pour 2025 l'a prorogé jusqu'au 31 décembre 2031 (LégiFiscal, 18 février 2025).

Le cédant doit cesser toute fonction dans la société et faire valoir ses droits à la retraite dans les deux ans qui précèdent ou qui suivent la cession. La doctrine administrative précise la date retenue : celle de l'entrée en jouissance des droits acquis au titre de l'activité de dirigeant. Le paragraphe 420 admet une liquidation antérieure au titre d'une autre activité. Il pose une seule réserve : « dès lors qu'il n'a pas déjà fait valoir ses droits à retraite de dirigeant » (BOFiP, BOI-RPPM-PVBMI-20-40-10-40, version en vigueur depuis le 14 novembre 2024).

Cette règle frappe une population précise : le dirigeant qui a liquidé sa retraite de dirigeant à 67 ou 70 ans et poursuit son mandat en cumul emploi-retraite. Deux ans après cette liquidation, la fenêtre se referme. Une cession à 75 ans sort alors du dispositif, quelle que soit la durée de détention des titres.

Les autres conditions restent strictes. Le cédant doit avoir dirigé la société sans interruption pendant les cinq ans précédant la cession, avec une rémunération normale représentant plus de la moitié de ses revenus professionnels. Le Conseil d'État a rappelé l'exigence de rémunération normale le 7 mai 2025 (n° 491635). Un dirigeant rémunéré en moyenne 1 282 € par mois, montant inférieur aux cinq rémunérations les plus élevées versées par sa société, a vu la remise en cause de l'abattement validée (Conseil d'État, 9e et 10e chambres réunies, 7 mai 2025, n° 491635). Les dirigeants âgés qui réduisent leur salaire pour laisser la trésorerie à l'entreprise s'exposent exactement à ce motif de refus.

Le montant de l'abattement est souvent présenté comme une économie de 500 000 €. L'économie réelle est bien plus faible. L'abattement réduit l'assiette de l'impôt sur le revenu au taux de 12,8 %, et non celle des prélèvements sociaux. Sous le prélèvement forfaitaire unique, il fait gagner au plus 64 000 € (500 000 € × 12,8 %). Le rapport du 122e Congrès des notaires de France, mis à jour le 31 janvier 2026, confirme que l'abattement ne s'applique pas aux prélèvements sociaux et ne se cumule pas avec les abattements pour durée de détention. Le cabinet Victoris Avocat rappelle, dans une analyse du 22 août 2026, que le dépassement du délai de 24 mois fait perdre la totalité de l'avantage.

Le détail des conditions, des cas de holding animatrice et du cumul avec les autres régimes figure dans l'article consacré à l'exonération pour départ à la retraite (150-0 D ter).

Seuils d'âge à 70, 71 et 80 ans : réduction Dutreil, usufruit et don familial

Un seuil d'âge fiscal est un âge du donateur à partir duquel un avantage fiscal disparaît ou se réduit. Trois seuils concernent le dirigeant de 70 ans, et leur portée varie fortement selon que l'entreprise est vendue à un tiers ou transmise à la famille.

Le premier seuil, à 70 ans, vise la réduction de 50 % des droits de donation. L'article 790 du CGI la réserve aux donations en pleine propriété de titres placés sous Pacte Dutreil (CGI, art. 787 B), consenties par un donateur « âgé de moins de soixante-dix ans », comme le rappelle le BOFiP. Les donations de nue-propriété en sont exclues (BOFiP, BOI-ENR-DMTG-20-30-20-50). La loi de finances pour 2026 a conservé cette réduction, mais a porté l'engagement individuel de conservation de quatre à six ans pour les transmissions intervenant à compter du 21 février 2026 (Syage Notaires, mise à jour du 17 juin 2026).

Le deuxième seuil découle du barème de l'article 669 du CGI. Avant 71 ans révolus, la nue-propriété vaut 60 % de la pleine propriété ; entre 71 et 81 ans, elle vaut 70 % ; au-delà de 81 ans révolus, elle vaut 80 % (BOFiP, BOI-ENR-DMTG-10-40-10-50, § 30). La même donation de nue-propriété coûte donc plus cher après le 71e anniversaire, à valeur d'entreprise égale.

Le troisième seuil, à 80 ans, ferme le don familial de sommes d'argent : 31 865 € par enfant majeur, exonérés si le donateur a moins de 80 ans le jour du don. Ce don se cumule avec l'abattement de 100 000 € par parent et par enfant, renouvelable tous les quinze ans (Service-public.fr, page vérifiée le 13 mai 2026).

SeuilDispositifEffet du franchissementPortée pour une vente à un tiersPortée pour une transmission familiale
24 mois après la liquidation de la retraiteAbattement de 500 000 € (CGI, art. 150-0 D ter)Perte totale de l'abattementForte : jusqu'à 64 000 € d'impôtAucune
70 ansRéduction de 50 % des droits (CGI, art. 790)Droits Dutreil doublés sur une donation en pleine propriétéAucuneForte
71 ans révolusBarème de l'usufruit (CGI, art. 669)Nue-propriété valorisée à 70 % au lieu de 60 %FaibleMoyenne
80 ansDon familial de sommes d'argent (CGI, art. 790 G)Perte de 31 865 € d'exonération par enfantFaibleFaible
Aucun seuil légalDépendance au dirigeantDécote appliquée par l'acquéreurForteMoyenne

Le tableau corrige une idée répandue. Le seuil de 70 ans, très présent dans le discours patrimonial, ne joue que pour une donation Dutreil en pleine propriété. Pour un dirigeant qui vend à un tiers, le seuil décisif est la date de liquidation de sa retraite, que le code ne rattache à aucun âge. Les effets propres aux donations tardives sont développés dans l'article sur la donation après 70 ans.

Décès ou incapacité avant la vente : le risque reporté sur les héritiers

Le risque successoral du cédant âgé est la probabilité que l'entreprise passe aux héritiers par décès, ou qu'elle soit paralysée par une incapacité, avant la signature. Il se mesure en valeur perdue pendant la période sans dirigeant, bien plus qu'en points de fiscalité.

La préparation reste rare à cet âge. Une étude publiée en septembre 2023 par Bpifrance Le Lab, Transmission Lab et Family Business Network relève que plus d'un tiers des dirigeants d'entreprise familiale de plus de 70 ans n'ont pas formalisé de plan de succession. Faute d'étude plus récente, CMA France reprend ce constat dans sa note de janvier 2026 sur la transmission-reprise.

Le décès avant la vente déclenche des droits de succession au barème de la ligne directe, de 5 % à 45 % après l'abattement de 100 000 € par enfant. Les héritiers peuvent souscrire un engagement collectif Dutreil dans les six mois du décès, mais, depuis la loi de finances pour 2026, ce régime suppose de conserver les titres six ans. Il se prête mal à des héritiers qui veulent vendre rapidement. Les montants en jeu sont détaillés dans l'article sur les droits de succession d'une entreprise.

Le décès produit aussi un effet favorable, que les partisans du statu quo mettent en avant. La valeur retenue pour les droits de succession devient le prix de revient des héritiers, ce qui efface la plus-value latente. Le même mécanisme joue pour une donation consentie avant la cession, un effet que CMS Francis Lefebvre décrivait dès février 2015. Sur une entreprise créée par le dirigeant, l'impôt de plus-value évité peut approcher les droits de succession dus. Le calcul de la section suivante montre l'ordre de grandeur.

L'incapacité peut coûter plus cher que le décès, car elle paralyse les décisions de l'actionnaire. Sans mandat préalable, la gestion du patrimoine professionnel d'un dirigeant devenu incapable passe par le juge des tutelles. Deux outils du code civil répondent à ces deux risques, l'incapacité puis le décès, selon le Conseil supérieur du notariat (notaires.fr, page mise à jour le 12 mars 2024) :

  • Le mandat de protection future (C. civ., art. 477 à 488) désigne à l'avance la personne qui gérera le patrimoine professionnel, droit de vote compris, en cas d'incapacité. La forme notariée permet des pouvoirs élargis.
  • Le mandat à effet posthume (C. civ., art. 812 à 812-7) confie la gestion des titres à un mandataire après le décès. Il exige un intérêt sérieux et légitime et un acte authentique ; sa durée est limitée à deux ans, ou à cinq ans lorsque la gestion de biens professionnels le justifie.

Vendre son entreprise à 70 ans passés : le calcul d'un report de 72 à 77 ans sur une PME de 4 M€

Le coût du report est la différence entre le patrimoine net du dirigeant qui vend tout de suite et celui du dirigeant qui vend cinq ans plus tard, revenus de la période compris. Il dépend surtout de la décote que l'acquéreur appliquera à l'entreprise d'un cédant âgé.

Hypothèses — PME de services créée par son dirigeant

Les chiffres suivants sont des hypothèses pédagogiques, sans référence à une entreprise réelle.

  • Dirigeant de 72 ans, détenteur de 100 % d'une SAS soumise à l'impôt sur les sociétés, titres souscrits pour 100 000 €.
  • Retraite de dirigeant liquidée à 71 ans, mandat poursuivi en cumul emploi-retraite.
  • Valeur des titres en 2026 : 4,0 M€.
  • Résultat distribuable après impôt sur les sociétés : 250 000 € par an, intégralement distribué.
  • Imposition au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 %, soit 12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux. Ce taux résulte de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 (Actu-Juridique, sur la loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025). La contribution exceptionnelle sur les hauts revenus, significative à ce niveau de plus-value, est laissée de côté dans les deux scénarios.
  • Placement du prix net de cession à 3 % net par an, sans capitalisation des intérêts, hypothèse de travail.

Scénario A, vente à 72 ans. La cession intervient dans les 24 mois de la liquidation de la retraite. La plus-value atteint 3,9 M€. Calculé sur 3,4 M€ après abattement, l'impôt sur le revenu atteint 435 200 € ; calculés sur 3,9 M€, les prélèvements sociaux atteignent 725 400 €. Le prix net ressort à 2 839 400 €. Placé à 3 %, il rapporte 425 910 € sur cinq ans.

Scénario B, vente à 77 ans. La fenêtre de 24 mois est fermée et l'abattement disparaît. Pendant cinq ans, le dirigeant perçoit 1 250 000 € de dividendes, soit 857 500 € après prélèvement forfaitaire. Le prix de vente dépend de la décote que l'acquéreur applique à une entreprise dirigée par un cédant de 77 ans.

Décote appliquée par l'acquéreur à 77 ansPrix de cessionPrix net d'impôtÉcart avec le scénario A, revenus de la période inclus
0 %4,0 M€2 775 400 €+ 367 590 € en faveur du report
10 %3,6 M€2 501 000 €+ 93 190 € en faveur du report
15 %3,4 M€2 363 800 €− 44 010 € au détriment du report
20 %3,2 M€2 226 600 €− 181 210 € au détriment du report
25 %3,0 M€2 089 400 €− 318 410 € au détriment du report

Le point de bascule se situe vers 13 % de décote. Au-delà, vendre à 72 ans laisse plus de patrimoine au dirigeant que vendre à 77 ans, malgré cinq années de dividendes. La perte de l'abattement compte peu dans ce résultat : 64 000 € sur un écart qui se joue en centaines de milliers d'euros.

Pour autant, le calcul ne condamne pas tout report. Une entreprise très rentable, peu dépendante de son dirigeant et dotée d'un successeur opérationnel peut absorber cinq ans d'attente sans décote. Le tableau sert alors à vérifier cette hypothèse, et non à la présumer.

Le scénario du décès complète l'analyse. Si le dirigeant meurt à 76 ans et que ses deux enfants héritent de titres évalués 3,4 M€, les droits atteignent environ 985 000 € au barème de la ligne directe, hors Pacte Dutreil. La plus-value est en revanche effacée : la même vente de 3,4 M€, réalisée par le dirigeant, aurait coûté 1 036 200 € d'impôt, avant même les droits de succession sur le prix net. Fiscalement, le décès avant la vente allège donc la facture. La perte se joue sur la valeur d'une entreprise privée de son dirigeant du jour au lendemain, que les héritiers devront vendre en position de faiblesse.

Leviers du cédant de plus de 70 ans classés par impact sur le prix net

La décote homme-clé est la réduction de valeur qu'un acquéreur, ou l'administration fiscale, applique à une entreprise dont l'activité repose sur une personne. Elle constitue le premier poste du coût du report, devant la fiscalité.

Le classement suivant hiérarchise les leviers par impact sur le prix net, d'après les ordres de grandeur du calcul précédent.

  1. Réduire la dépendance au dirigeant. C'est le levier le plus lourd, car il commande le niveau de décote. Bpifrance Le Lab et l'Ifop relevaient en décembre 2025, dans l'Indice entrepreneurial français, que 30 % des anciens dirigeants ayant fermé ou cédé leur entreprise n'avaient pas cherché de repreneur. Le motif principal était une entreprise jugée trop peu valorisable ou trop dépendante de leur personne. Les méthodes pour mesurer et réduire cette dépendance sont détaillées dans l'article sur la décote homme-clé.
  2. Placer la signature dans la fenêtre de 24 mois. Pour le dirigeant qui a déjà liquidé sa retraite de dirigeant, la date limite se calcule au jour près. L'enjeu atteint 64 000 € au plus sous le prélèvement forfaitaire, et préserver cet avantage ne coûte rien si le calendrier est posé tôt.
  3. Signer un mandat de protection future. Le coût d'un acte notarié reste faible au regard du risque couvert : une cession bloquée par une mise sous tutelle pendant plusieurs mois.
  4. Envisager une donation avant cession pour la part destinée aux enfants. Elle efface la plus-value sur les titres donnés. Elle doit précéder la vente et traduire un dépouillement réel du donateur, sous peine de requalification en abus de droit.
  5. Réserver le Pacte Dutreil aux transmissions familiales réelles. Avec un engagement individuel porté à six ans, le dispositif suppose que les enfants gardent l'entreprise. Il reste sans intérêt pour une vente à un tiers.

Le calendrier précis de ces leviers, de cinq ans avant la signature à plusieurs années après, est développé dans l'article sur le temps nécessaire pour vendre une entreprise.

Le discours commercial sur l'abattement retraite mérite une lecture critique. Les supports qui annoncent « 500 000 € d'économie » confondent l'assiette et l'impôt. Ils passent aussi sous silence la condition de liquidation dans les 24 mois, qui exclut les dirigeants ayant liquidé leur retraite de dirigeant plus de deux ans avant la vente. Le dirigeant gagne à demander à son conseil un calcul en euros d'impôt évité, daté par rapport à la liquidation de sa retraite.

La transmission familiale obéit à une autre logique, présentée dans l'article sur le Pacte Dutreil appliqué à la transmission. Après la vente, le dirigeant peut encore accompagner le repreneur quelques mois, à condition de cesser toute fonction dans la société avant la fin de la fenêtre de 24 mois, dans les conditions décrites dans l'article sur l'accompagnement du cédant après la cession.

Et maintenant

Trois actions sont à conduire avec le conseil du dirigeant, dans les trois mois qui suivent la décision de vendre.

Dater la liquidation de la retraite de dirigeant. Le relevé de la caisse de retraite donne la date d'entrée en jouissance. Cette date fixe la date limite de signature pour conserver l'abattement de 500 000 €, et donc le calendrier de mise en vente.

Faire chiffrer la décote liée à la dépendance au dirigeant. Un expert-comptable ou un évaluateur indépendant peut estimer la valeur de l'entreprise sans son dirigeant : clients suivis en direct, savoir-faire non documenté, cautions personnelles. Ce chiffre permet de trancher entre une vente rapide et un report.

Signer un mandat de protection future avant d'ouvrir le processus de cession. Le notaire peut y prévoir les pouvoirs nécessaires pour poursuivre une vente engagée, droit de vote et signature des actes compris.

Deux outils aident à préparer ces décisions : le simulateur de valorisation pour mesurer l'effet d'une décote sur le prix, et le simulateur de fiscalité pour comparer l'impôt avec et sans abattement retraite.


Cet article présente des informations générales fondées sur les textes en vigueur à la date de publication. Il ne constitue pas un conseil juridique, fiscal ou financier personnalisé. Toute décision de cession ou de transmission doit être validée avec un avocat, un notaire ou un expert-comptable au regard de la situation particulière du dirigeant.

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Questions fréquentes

Peut-on vendre son entreprise après 70 ans avec l'abattement de 500 000 € ?
Oui, l'article 150-0 D ter du CGI ne fixe aucune limite d'âge. Le cédant doit cesser toute fonction dans la société et entrer en jouissance de sa retraite de dirigeant dans les 24 mois qui précèdent ou qui suivent la cession. Un dirigeant qui a liquidé sa retraite de dirigeant plus de deux ans avant la vente, par exemple parce qu'il a poursuivi son mandat en cumul emploi-retraite, sort de la fenêtre et perd l'abattement. Le dispositif a été prorogé jusqu'au 31 décembre 2031 par la loi de finances pour 2025.
Combien rapporte réellement l'abattement de 500 000 € pour départ à la retraite ?
L'abattement réduit l'assiette de l'impôt sur le revenu, et non celle des prélèvements sociaux. Sous le prélèvement forfaitaire unique, l'impôt sur le revenu est de 12,8 % : l'économie maximale atteint donc 64 000 € (500 000 € × 12,8 %). Les prélèvements sociaux, portés à 18,6 % par la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, restent dus sur la totalité de la plus-value. L'abattement ne se cumule pas avec les abattements pour durée de détention.
Que change le seuil de 70 ans pour un dirigeant qui vend son entreprise ?
Pour une vente à un tiers, le seuil de 70 ans n'a pas d'effet fiscal direct. Il vise la réduction de 50 % des droits de donation prévue par l'article 790 du CGI, réservée aux donations en pleine propriété de titres placés sous Pacte Dutreil, consenties par un donateur de moins de 70 ans. Le seuil décisif pour un vendeur est la date de liquidation de sa retraite de dirigeant, qui doit se situer dans les 24 mois avant ou après la cession pour ouvrir droit à l'abattement retraite.
Faut-il attendre pour vendre son entreprise quand elle distribue de bons dividendes ?
Le report peut être rentable si la valeur de l'entreprise tient. Dans un exemple chiffré sur une PME de 4 M€ distribuant 250 000 € par an, vendre à 77 ans plutôt qu'à 72 ans reste avantageux tant que la décote appliquée par l'acquéreur ne dépasse pas 13 % environ. Au-delà, la vente rapide laisse plus de patrimoine au dirigeant, malgré cinq années de dividendes. Le calcul dépend du degré de dépendance de l'entreprise à son dirigeant, à faire chiffrer par un évaluateur.
Que se passe-t-il si le dirigeant décède avant la vente de son entreprise ?
Les héritiers reçoivent les titres et paient des droits de succession au barème de la ligne directe, de 5 % à 45 % après l'abattement de 100 000 € par enfant. La valeur retenue pour les droits devient leur prix de revient, ce qui efface la plus-value latente. Un engagement collectif Dutreil peut être souscrit dans les six mois du décès, mais il impose, depuis la loi de finances pour 2026, de conserver les titres six ans. Le principal risque reste la perte de valeur d'une entreprise privée de son dirigeant.
Quels mandats protègent la vente si le dirigeant devient incapable ?
Le mandat de protection future (code civil, articles 477 à 488) désigne à l'avance la personne qui gérera le patrimoine professionnel en cas d'incapacité, sans ouverture d'une mesure de tutelle ; la forme notariée permet des pouvoirs élargis. Le mandat à effet posthume (articles 812 à 812-7) confie la gestion des titres à un mandataire après le décès, pour deux ans au plus, ou cinq ans lorsque la gestion de biens professionnels le justifie. Il exige un acte authentique et un intérêt sérieux et légitime.

Sources

  1. Bpifrance Le Lab, CRA, CCI France et CMA France — Transmission en France : un marché de 370 000 entreprises d'ici 2030bpifrance-creation.fr · 27 novembre 2025
  2. BOFiP — BOI-RPPM-PVBMI-20-40-10-40, abattement fixe des dirigeants de PME partant à la retraite, conditions tenant au cédant (§ 280, 410, 420)bofip.impots.gouv.fr · 14 novembre 2024
  3. Conseil d'État, 9e et 10e chambres réunies, 7 mai 2025, n° 491635 — rémunération normale et abattement retraiteconseil-etat.fr · 7 mai 2025
  4. LégiFiscal — Abattement retraite sur cession de PME prorogé jusqu'au 31 décembre 2031 (loi de finances pour 2025, art. 70)legifiscal.fr · 18 février 2025
  5. Rapport du 122e Congrès des notaires de France — L'abattement de 500 000 € (CGI, art. 150-0 D ter)rapport-congresdesnotaires.fr · 31 janvier 2026
  6. Victoris Avocat — Transmettre sa PME au départ à la retraite : abattement de 500 000 € sur la plus-valuevictorisavocat.com · 22 août 2026
  7. BOFiP — BOI-ENR-DMTG-20-30-20-50, réduction de droits de l'article 790 du CGI (donateur de moins de 70 ans)bofip.impots.gouv.fr · 13 février 2017
  8. BOFiP — BOI-ENR-DMTG-10-40-10-50, barème de l'usufruit de l'article 669 du CGI (§ 30)bofip.impots.gouv.fr · 23 décembre 2013
  9. Service-public.fr — Donation : abattement de 100 000 € et don familial de sommes d'argent de 31 865 €service-public.gouv.fr · 13 mai 2026
  10. Actu-Juridique — La CSG en hausse sur les revenus du capital (LFSS 2026, loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025)actu-juridique.fr · 2026
  11. Syage Notaires — Pacte Dutreil 2026 : engagement individuel porté à six anssyage.notaires.fr · 17 juin 2026
  12. Notaires de France — Mandats de protection pour le chef d'entreprise : mandat de protection future et mandat posthumenotaires.fr · 12 mars 2024
  13. CMA France — Transmission-reprise des entreprises artisanales (reprend Bpifrance Le Lab 2023 et Bpifrance Le Lab-Ifop 2025)artisanat.fr · janvier 2026
  14. CMS Francis Lefebvre — Donation-cession : l'intérêt fiscal d'une donation de titres reste indéniablecms.law · 25 février 2015
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Rédigé par

Florent Jacques

Cofondateur et Head of AI de Gravity Capital

Conçoit les outils et agents IA au service des opérations de haut de bilan et de la transmission de PME. Cofondateur de FinKey et Head of AI de Gravity Capital.

Pourquoi me faire confiance sur ce sujet

  • 12+ ans d'expérience en opérations capitalistiques
  • Gravity Capital
  • Private Equity · M&A / Cession de PME · LBO / OBO
  • Affiliations : Commission FinTech — Lyon Place Financière et Tertiaire, Comité de labélification — Finance Innovation

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