France Capital Transmission
Cession d'entreprise

Préparer la cession de son entreprise : 5 chantiers techniques sur 12-36 mois (réforme LF 2026 incluse)

Florent JacquesMaj
Dirigeant de PME et conseil examinant un calendrier de préparation de cession d'entreprise sur 12 à 36 mois
Préparer la cession de son entreprise : les chantiers à ouvrir 12 à 36 mois avant la signature. — Illustration France Capital Transmission
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Préparer la cession de son entreprise se joue dans les 12 à 36 mois qui précèdent la mise sur le marché. C'est la phase où se décident la structuration patrimoniale, le périmètre cédé et le degré de dépendance de l'entreprise à son dirigeant. Ces trois paramètres pèsent sur le résultat final du cédant autant que la négociation du prix. C'est aussi la phase qui ne déclenche aucune commission pour un mandataire de cession, et la moins traitée dans les contenus en ligne.

En octobre 2026, cette préparation doit s'apprécier au regard d'un régime fiscal remanié. La loi de finances 2026 durcit l'apport-cession de l'article 150-0 B ter du CGI pour les cessions réalisées à compter du 21 février 2026. Le remploi est porté à 70 % du produit de cession, le délai à 36 mois, et la conservation unifiée à cinq ans.

Cet article donne, pour chacun des cinq chantiers, sa fenêtre temporelle, l'acteur qui le porte, les seuils applicables et les pièges constatés. Vous en ressortirez avec un calendrier à rebours exploitable depuis la date de cession visée.

Pour le panorama du marché et le volume de cédants attendu d'ici 2030, voir le pilier cession d'entreprise. Pour le déroulé commercial de l'opération, voir comment vendre son entreprise. Pour la distinction entre cession de fonds et cession de titres, voir la différence entre cession et vente.

Préparer la cession : la fenêtre de 12 à 36 mois imposée par les régimes fiscaux

La préparation de cession est l'ensemble des actes patrimoniaux, juridiques et organisationnels posés avant la mise sur le marché. Elle se distingue du processus de vente, qui commence à la mise sur le marché et se termine au closing.

Trois facteurs structurels imposent un calendrier long.

Facteur 1 — Les régimes fiscaux de faveur ont des fenêtres d'éligibilité strictes. Deux régimes s'appliquent à une cession à titre onéreux : l'apport-cession de l'article 150-0 B ter du CGI et l'exonération pour départ à la retraite de l'article 150-0 D ter. Un troisième, le Pacte Dutreil des articles 787 B et 787 C, ne concerne pas la cession mais la transmission à titre gratuit. Aucun des trois ne reste pleinement mobilisable si la décision se prend dans les douze mois qui précèdent la mise sur le marché. Chacun suppose un acte préalable : création d'une holding, engagement collectif de conservation, cessation formalisée des fonctions de direction.

Facteur 2 — La valorisation est sensible aux décisions de gouvernance. Le repreneur valorise une organisation, pas une personne. Le guide d'évaluation des entreprises de la DGFiP traite la dépendance au dirigeant et la concentration du chiffre d'affaires au stade du diagnostic stratégique, en amont du choix de la méthode. Il n'en fait pas un abattement appliqué en fin de calcul. Le détail de ce traitement figure dans les analyses consacrées à la décote de dépendance au dirigeant et à la concentration client en cession.

Facteur 3 — L'audit de cessibilité révèle des points longs à corriger. Trois exemples : un contentieux salarié en cours, un client qui représente une part majoritaire du chiffre d'affaires, un contrat clé assorti d'une clause intuitu personae. Ces points se corrigent en plusieurs trimestres, parfois en plusieurs exercices. Les identifier pendant l'audit d'acquisition du repreneur, deux à quatre mois avant le closing, laisse le temps de subir la décote, pas de la traiter.

Le rapport d'information du Sénat du 6 octobre 2022 met en évidence l'écart entre le vivier de dirigeants proches de la retraite et le nombre de transmissions effectivement réalisées. La Direction générale des entreprises recense de son côté 37 200 transmissions pour l'année 2024, dans son étude Théma n° 30 de juin 2025.

Les cinq chantiers pour préparer la cession : délai, acteur, gain attendu

Les cinq chantiers de la préparation se mènent de front, avec un ordre d'engagement contraint par leurs durées respectives. Traiter ces chantiers en séquence revient à engager le plus long en dernier.

Toutes les fenêtres du tableau se comptent à rebours depuis la date de cession visée, c'est-à-dire la signature de l'acte, et non depuis la mise sur le marché.

ChantierFenêtre avant la cessionActeur qui le porteGain attendu
1. Structuration patrimoniale et fiscale36 mois (idéal) à 12 mois (minimum)Avocat fiscaliste indépendant du mandataireObligation de remploi purgée, report d'imposition acquis, abattement fixe 150-0 D ter
2. Sortie des actifs immobiliers non opérationnels18 à 24 moisAvocat d'affaires et expert-comptable, notaire pour le transfert d'immeublePérimètre cédé resserré, revenu locatif conservé après la cession
3. Audit de cessibilité18 à 24 mois pour la détection, jusqu'à 36 mois pour la remédiationAvocat d'affaires, expert-comptable, dirigeantPoints de décote traités avant l'audit d'acquisition du repreneur
4. Désengagement opérationnel du dirigeant18 à 30 moisDirigeant et cadre de direction recrutéContinuité d'exploitation démontrable au repreneur
5. Valorisation indépendante préalable12 à 18 moisExpert-comptable ou cabinet M&A sans intéressement au closingFourchette objective avant tout mandat commercial

Ordre d'engagement selon l'horizon de cession

Horizon 12 mois. La valorisation indépendante passe en premier, pour décider sur des chiffres. L'audit de cessibilité suit, en version accélérée, pour identifier les points qui bloqueraient un closing. L'apport-cession reste praticable, mais sous le régime contraignant du remploi, faute d'une détention de trois ans par la holding. L'exonération pour départ à la retraite reste accessible, sa fenêtre de 24 mois couvrant aussi les mois qui suivent la cession. Le Pacte Dutreil sort du champ : son engagement collectif ne peut plus être pris à temps.

Horizon 24 mois. La holding se structure immédiatement. L'engagement Dutreil se signe si une transmission familiale est envisagée. L'audit de cessibilité démarre en parallèle, suivi du traitement des points identifiés. Le recrutement d'un cadre de direction s'engage si le poste est vacant. La valorisation indépendante intervient douze mois avant la cession.

Horizon 36 mois et plus. Les titres sont apportés à la holding au moins 36 mois avant la cession, ce qui purge l'obligation de remploi. La sortie immobilière suit. L'audit de cessibilité est conduit en version approfondie. La construction de l'organisation et la diversification commerciale occupent toute la période. La valorisation indépendante intervient dix-huit mois avant la cession.

Horizon transmission familiale de 5 à 10 ans. L'engagement collectif Dutreil se signe immédiatement. Des donations échelonnées en pleine propriété ou avec réserve d'usufruit mobilisent les abattements de droit commun, renouvelables tous les quinze ans. Le donataire se prépare à exercer la direction effective, condition de fond du régime.

Chantier 1 — Structuration patrimoniale et apport-cession 150-0 B ter sous la loi de finances 2026

La structuration patrimoniale est le choix du véhicule qui détiendra les titres au moment de la cession, et du régime fiscal applicable à la plus-value. Deux régimes visent la cession à titre onéreux, un troisième la transmission familiale. Le cadre d'ensemble est traité dans le pilier fiscalité de cession d'entreprise.

Apport-cession article 150-0 B ter : le régime remanié par la loi de finances 2026

Le mécanisme permet au dirigeant d'apporter ses titres à une holding qu'il contrôle, puis de céder ces titres depuis la holding, en reportant l'imposition de la plus-value d'apport.

Régime applicable aux cessions antérieures au 21 février 2026, tel que rappelé par les analyses de Gide Loyrette Nouel et de la Revue Fiduciaire de février 2026. La holding qui cédait les titres moins de trois ans après l'apport devait réinvestir au moins 60 % du produit de cession en activités économiques éligibles, dans un délai de 24 mois. La conservation des actifs remployés était de 12 mois pour les investissements directs et de 5 ans pour les fonds.

Régime applicable aux cessions à compter du 21 février 2026. La loi de finances 2026 modifie quatre paramètres.

  • Seuil de remploi : 60 % porté à 70 % du produit de cession. Sur une cession à 1 M€, l'effort de remploi passe de 600 000 € à 700 000 €.
  • Délai de remploi : 24 mois porté à 36 mois. C'est le seul paramètre assoupli.
  • Conservation des actifs remployés : 5 ans pour tous les instruments, sans distinction entre investissement direct et fonds.
  • Exclusions sectorielles : l'activité de marchand de biens, la promotion immobilière, l'intermédiation et la gestion immobilières cessent d'être éligibles, ainsi que les activités financières. Parmi les activités immobilières, seules l'hôtellerie et la parahôtellerie restent éligibles.

Conséquence sur le calendrier. Lorsque l'apport est réalisé au moins 36 mois avant la cession effective, aucune obligation de remploi ne s'applique et le report d'imposition est acquis. En deçà de ce délai, le cédant accepte un remploi de 70 % sur 36 mois, puis une conservation de 5 ans. L'indisponibilité du produit de cession peut alors courir jusqu'à huit ans après l'encaissement du prix.

Exonération pour départ à la retraite de l'article 150-0 D ter

Le régime ouvre un abattement fixe de 500 000 € sur la plus-value, réservé aux dirigeants qui partent effectivement à la retraite. Les conditions sont cumulatives.

  • Cessation de toute fonction de direction dans les 24 mois qui précèdent ou suivent la cession.
  • Liquidation des droits à la retraite dans la même fenêtre de 24 mois.
  • Détention des titres depuis un an au moins à la date de la cession.
  • Seuil de détention de 25 % du capital, apprécié seul ou avec le groupe familial.
  • Cession portant sur l'intégralité des titres détenus, ou sur plus de la moitié des droits de vote.

La fenêtre de 24 mois impose de fixer la date de liquidation des droits à la retraite et celle du closing à moins de 24 mois d'écart. Une cession repoussée de six mois peut faire sortir le départ en retraite de cette fenêtre.

Pacte Dutreil des articles 787 B et 787 C

Le Pacte Dutreil ouvre une exonération partielle de 75 % de la valeur des titres transmis à titre gratuit. Il ne s'applique donc pas à une cession, mais constitue l'alternative patrimoniale quand la transmission se fait dans la famille. Trois conditions sont cumulatives.

  • Engagement collectif de conservation des titres, de deux ans minimum, signé avant la transmission.
  • Engagement individuel de conservation de quatre ans, pris par chaque bénéficiaire.
  • Exercice d'une fonction de direction par l'un des bénéficiaires pendant trois ans après la transmission.

Le détail du régime est traité dans l'analyse consacrée au Pacte Dutreil en transmission d'entreprise.

Hypothèses — effet de l'exonération sur une PME valorisée à 5 M€. L'exonération de 75 % ramène la base taxable de 5 M€ à 1,25 M€. Les abattements de droit commun en ligne directe, renouvelables tous les quinze ans, réduisent ensuite cette base. Le solde est soumis au barème progressif des droits de mutation à titre gratuit. Le calcul est abstrait et sert à mesurer un ordre de grandeur, pas à chiffrer un cas réel.

Le rapport du Sénat d'octobre 2022 relève une large méconnaissance du dispositif chez les dirigeants de PME : 52 % déclarent ne pas le connaître, sur la base d'un sondage CCI France–OpinionWay de septembre 2022. Le même rapport situe la part française des transmissions familiales nettement en dessous des niveaux allemand et italien.

Chantier 2 — Sortie des actifs immobiliers non opérationnels avant la cession

La sortie immobilière est le transfert des biens immobiliers inscrits au bilan de la société d'exploitation vers un véhicule patrimonial distinct, le plus souvent une SCI familiale, avant la mise sur le marché. Le panorama du marché de la reprise publié par Bpifrance Création situe le contexte dans lequel cet arbitrage se pose.

Première raison : le périmètre cédé. Une société qui porte son immobilier coûte plus cher au repreneur, puisqu'il doit financer un actif qu'il aurait pu prendre en location. L'exploitation et l'immobilier se valorisent par des méthodes différentes : la première par les multiples de résultat, décrits dans l'analyse de la méthode des multiples d'EBITDA, le second par sa valeur de marché propre.

Seconde raison : le revenu après la cession. Conserver les murs dans une SCI et les louer à la société cédée maintient un revenu locatif après le closing, sur la durée du bail commercial. Ce revenu relève d'une fiscalité distincte de celle de la cession des titres. Le cédant sort de l'exploitation sans sortir du rendement.

Calendrier opérationnel. L'opération se fait par scission ou par apport partiel d'actif, à anticiper de 18 à 24 mois avant la cession, pour deux raisons. La première est le risque de requalification : une sortie d'actifs réalisée juste avant la cession peut être analysée comme un montage. La seconde est le bail commercial, qui doit être signé à des conditions de marché établies, et non rédigé dans l'urgence de la négociation.

Piège constaté. Le piège consiste à sortir l'immobilier au stade de la négociation finale, à la demande d'un repreneur qui refuse de reprendre les murs. Conduite en urgence, l'opération expose à l'imposition immédiate de la plus-value immobilière, à des droits de mutation que le calendrier ne permet plus d'optimiser, et à un risque de requalification.

Chantier 3 — Audit de cessibilité : sept catégories de points à purger

L'audit de cessibilité est une revue des points qui dégraderaient la valorisation ou bloqueraient le closing. Le cédant la conduit avant que le repreneur ne les découvre dans son propre audit d'acquisition. Son périmètre recoupe celui de la due diligence en cession de PME, vu du côté du vendeur.

  1. Contentieux en cours ou en germe, classés par partie adverse : salariés, clients, fournisseurs, administrations (URSSAF, DGFiP, inspection du travail).
  2. Risques fiscaux, sociaux et réglementaires latents : positions sensibles en TVA, prix de transfert, crédit d'impôt recherche, redressements URSSAF en germe, expositions RGPD et environnementales.
  3. Contrats commerciaux stratégiques : clauses intuitu personae, clauses de changement de contrôle, exclusivités, conditions de résiliation, durée résiduelle.
  4. Concentration du chiffre d'affaires : poids du premier client et des trois premiers clients, traité dans l'analyse de la dépendance client en cession.
  5. Dépendance au dirigeant : part des relations commerciales et des décisions opérationnelles portées par lui seul, traitée dans l'analyse de la décote de dépendance au dirigeant.
  6. Engagements hors bilan : cautions personnelles, garanties de passif consenties sur des cessions antérieures, retraites chapeau, locations financières.
  7. Propriété intellectuelle : marques déposées au nom du dirigeant plutôt qu'au nom de la société, brevets proches de l'expiration, cessions de droits non formalisées, code source non audité.

Fenêtres de remédiation par catégorie

Chaque point a sa propre durée de traitement. La levée d'une caution personnelle passe par une négociation bancaire. La cession au profit de la société d'une marque détenue par le dirigeant suppose une inscription au registre national des marques tenu par l'INPI. La renégociation d'un contrat assorti d'une clause intuitu personae dépend du calendrier du cocontractant. La dilution d'un client trop lourd dépend de l'effort commercial engagé et se compte en trimestres. Le provisionnement d'un contentieux prud'homal doit s'étaler sur plusieurs exercices comptables, faute de quoi il attire l'attention du repreneur au mauvais moment.

Ces durées séparent deux fenêtres. La détection se conduit de 18 à 24 mois avant la cession. La remédiation peut demander jusqu'à 36 mois pour les points les plus lourds, dilution d'un client majeur et provisionnement d'un contentieux en tête. Un audit conduit six mois avant la mise sur le marché produit une liste de constats, pas un plan de remédiation.

Chiffrer l'écart avant d'engager la remédiation. Le simulateur de valorisation donne une première fourchette à partir des comptes. Elle sert à mesurer ce qu'un chantier de remédiation peut rapporter, avant d'accepter le délai qu'il impose.

Chantiers 4 et 5 — Désengagement opérationnel du dirigeant et valorisation indépendante

Le désengagement opérationnel du dirigeant est le transfert, vers une équipe et vers des processus écrits, des savoir-faire, des relations et des décisions que le dirigeant porte personnellement. C'est le chantier le plus lourd à conduire.

Recrutement d'un cadre de direction. Pour une PME dont le dirigeant porte seul la direction générale, l'absence d'un numéro deux est un signal négatif pour un repreneur, qui achète une continuité d'exploitation. Le recrutement et la période d'essai occupent plusieurs trimestres. La montée en autonomie sur les fonctions critiques demande autant de temps. L'ensemble se compte de 18 à 30 mois, entre la décision de recruter et le moment où le cadre est réellement autonome.

Documentation des processus. Le repreneur valorise ce qui est reproductible. Trois ensembles se documentent en premier. Le processus commercial : prospection, qualification, conclusion des ventes, outillage CRM. Le processus opérationnel : production ou prestation, contrôle qualité, fournisseurs, stocks. Les fonctions support : paie, comptabilité, juridique, informatique.

Diversification du portefeuille clients. Troisième volet du même chantier, la réduction du poids du premier client passe le plus souvent par un renforcement de l'équipe commerciale et la signature de nouveaux comptes de taille moyenne. L'effet devient visible dans les comptes après plusieurs exercices, ce qui en fait l'un des premiers volets à engager.

Valorisation indépendante préalable. Elle est conduite par un expert-comptable ou un cabinet M&A rémunéré aux honoraires, sans intéressement au closing, de 12 à 18 mois avant la mise sur le marché. Le mandataire pressenti pour vendre n'est pas le bon prestataire : sa rémunération dépend de la réalisation de l'opération, pas de l'exactitude de l'évaluation. Les niveaux d'honoraires pratiqués sont détaillés dans l'analyse des honoraires d'un cabinet de cession.

Trois méthodes se recoupent : les multiples de résultat, la méthode patrimoniale par l'actif net réévalué, et l'actualisation des flux de trésorerie prévisionnels. La valorisation préalable a deux fonctions : éclairer la décision de mise sur le marché, et identifier les facteurs qui pèsent aujourd'hui sur la valeur, pour arbitrer entre céder maintenant et corriger d'abord.

Pièges de la préparation patrimoniale et cas où céder vite rapporte plus qu'attendre

Piège 1 — Confier la préparation au mandataire de cession. Sa rémunération est une commission de succès déclenchée au closing. Ses objectifs sont le prix de marché et le respect du calendrier, non la fiscalité personnelle du cédant. La préparation patrimoniale relève d'un avocat fiscaliste mandaté séparément.

Piège 2 — Sous-estimer la durée du nouveau régime d'apport-cession. Un remploi de 70 % sur 36 mois suivi de 5 ans de conservation enferme le produit de cession dans une contrainte qui peut courir jusqu'à huit ans. Pour un dirigeant qui veut disposer librement du prix encaissé, cette durée d'indisponibilité peut être incompatible avec son projet.

Piège 3 — Ignorer les exclusions sectorielles de 2026. Les stratégies de remploi construites autour de l'immobilier ou des activités financières sortent du champ d'éligibilité. Une solution présentée comme éligible au remploi avant février 2026 peut avoir cessé de l'être.

Piège 4 — Lancer l'audit de cessibilité trop tard. Un contentieux identifié six mois avant la cession se solde par une transaction ou par une décote. Un client trop lourd identifié douze mois avant ne sera pas dilué à temps.

Piège 5 — Interrompre le désengagement en cours de route. Un dirigeant peut recruter un numéro deux, puis court-circuiter ses décisions dès la première difficulté. Le repreneur repère cette situation dans l'organigramme réel, pas dans l'organigramme présenté.

Trois configurations où céder vite rapporte plus qu'attendre

La préparation longue n'est pas un optimum universel. Trois configurations justifient d'aller vite.

Un acquéreur stratégique se présente avec une prime de synergie. Un industriel du même secteur paie pour un accès au marché, un portefeuille client ou une brique technologique, et non pour un multiple de résultat. Attendre dix-huit mois pour gagner quelques points de valorisation peut faire perdre la fenêtre d'opportunité, et l'acquéreur lui-même.

Le cycle sectoriel est au sommet. Une entreprise cédée en haut de cycle se valorise sur des comptes qui ne se reproduiront pas. Se préparer pendant deux ans pour arriver sur le marché en bas de cycle détruit plus de valeur que la préparation n'en crée.

La motivation du dirigeant se dégrade. Une entreprise dirigée par un cédant à bout de souffle peut perdre en performance pendant la préparation. Les comptes se dégradent au moment où ils devraient s'améliorer, et la préparation produit l'inverse de son objectif.

Le point commun des trois configurations : la préparation crée de la valeur quand elle corrige un défaut identifié, pas quand elle sert à repousser une décision. Un dirigeant qui engage vingt-quatre mois de chantiers sans savoir lesquels comblent un écart de prix mesuré perd du temps sans gagner d'argent.

Et maintenant

Préparer la cession de son entreprise s'inscrit dans une trajectoire de 12 à 36 mois, parfois de cinq à dix ans pour une transmission familiale. Cette trajectoire combine cinq chantiers : la structuration fiscale sous le régime d'apport-cession remanié en 2026, la sortie de l'immobilier non opérationnel, l'audit de cessibilité, le désengagement opérationnel du dirigeant et la valorisation indépendante. Chacun a sa fenêtre, ses seuils applicables et ses pièges.

La décision déterminante n'est ni le choix du mandataire ni la stratégie de communication. C'est la date à laquelle la préparation commence, rapportée à la date de cession visée.

Trois questions à poser au conseil avant d'engager quoi que ce soit.

Question 1 — Quels régimes fiscaux restent ouverts à ce jour, et lesquels sont déjà fermés ? À poser à un avocat fiscaliste indépendant du mandataire. La mission se délimite ainsi : audit des régimes mobilisables au regard du profil patrimonial réel, puis calendrier à rebours depuis la date de cession visée.

Question 2 — Quels sont les trois facteurs qui pèsent aujourd'hui sur la valeur, et combien de mois demande chacun ? À poser à l'auteur de la valorisation indépendante, pas au mandataire. La réponse arbitre entre céder maintenant et corriger d'abord.

Question 3 — Lesquelles des sept catégories d'audit de cessibilité bloqueraient un closing, et lesquelles produiraient seulement une décote ? La distinction change l'ordre des priorités : un point bloquant se traite avant la mise sur le marché, un point de décote se négocie.

Estimer la valeur de l'entreprise — fourchette indicative à partir des comptes, point de départ du calendrier à rebours.

Estimer le coût fiscal de la cession — effet comparé des régimes 150-0 B ter et 150-0 D ter selon la date de cession envisagée.


Cet article présente des informations générales fondées sur les textes en vigueur à la date de publication. Il ne constitue pas un conseil juridique, fiscal ou financier personnalisé. Toute décision de cession ou de transmission doit être validée avec un avocat, un notaire ou un expert-comptable au regard de la situation particulière du dirigeant.

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Questions fréquentes

Quand commencer à préparer la cession de son entreprise ?
La fenêtre réaliste est de 12 à 36 mois avant la cession, et de cinq à dix ans pour une transmission familiale. Chaque régime fiscal impose son propre délai. L'apport-cession de l'article 150-0 B ter du CGI ne purge l'obligation de remploi que si l'apport des titres à la holding précède la cession de plus de 36 mois. Le Pacte Dutreil des articles 787 B et 787 C suppose un engagement collectif de conservation signé au moins deux ans avant la transmission. L'exonération pour départ à la retraite de l'article 150-0 D ter suppose la cessation des fonctions et la liquidation des droits dans une fenêtre de 24 mois autour de la cession. Les chantiers non fiscaux ont leurs propres durées : le désengagement opérationnel du dirigeant se compte de 18 à 30 mois, la remédiation des points d'audit les plus lourds jusqu'à 36 mois.
Quels sont les cinq chantiers de la préparation d'une cession ?
Chantier 1, la structuration patrimoniale et fiscale, portée par un avocat fiscaliste indépendant du mandataire, dans une fenêtre de 36 mois à 12 mois avant la cession. Chantier 2, la sortie des actifs immobiliers non opérationnels vers une SCI, de 18 à 24 mois avant la cession. Chantier 3, l'audit de cessibilité sur sept catégories de points : contentieux, risques réglementaires latents, contrats stratégiques, concentration du chiffre d'affaires, dépendance au dirigeant, engagements hors bilan, propriété intellectuelle. Chantier 4, le désengagement opérationnel du dirigeant, de 18 à 30 mois. Chantier 5, la valorisation indépendante préalable, de 12 à 18 mois avant la mise sur le marché, confiée à un prestataire rémunéré aux honoraires et sans intéressement au closing. Les cinq se mènent de front, avec un ordre d'engagement dicté par leurs durées.
Que change la loi de finances 2026 sur l'apport-cession 150-0 B ter ?
Pour les cessions réalisées à compter du 21 février 2026, quatre paramètres changent selon les analyses de Gide Loyrette Nouel du 10 février 2026 et de la Revue Fiduciaire du 9 février 2026. Le seuil de remploi passe de 60 % à 70 % du produit de cession. Le délai de remploi passe de 24 mois à 36 mois, seul paramètre assoupli. La durée de conservation des actifs remployés est unifiée à 5 ans pour tous les instruments, contre 12 mois pour les investissements directs et 5 ans pour les fonds auparavant. Les exclusions sectorielles sont étendues : activité de marchand de biens, promotion immobilière, intermédiation et gestion immobilières, activités financières. Parmi les activités immobilières, seules l'hôtellerie et la parahôtellerie restent éligibles. Les cessions antérieures au 21 février 2026 restent régies par l'ancien régime.
Comment fonctionne l'apport-cession en holding ?
Le dirigeant crée une holding soumise à l'impôt sur les sociétés qu'il contrôle, puis lui apporte les titres de sa société. La plus-value d'apport est constatée, mais son imposition est reportée. La holding cède ensuite les titres au repreneur. Deux régimes s'appliquent selon le délai entre l'apport et la cession. Si l'apport précède la cession de plus de 36 mois, aucune obligation de remploi ne s'applique et le report est acquis. En deçà de ce délai, la holding doit réinvestir 70 % du produit en activité économique éligible dans les 36 mois, puis conserver les actifs remployés 5 ans. La plus-value en report n'est pas exonérée : elle reste reportée, et peut être purgée par donation des titres de la holding sous conditions de conservation, ou au décès de l'apporteur.
Quelles catégories un audit de cessibilité doit-il couvrir ?
Sept catégories. Premièrement, les contentieux en cours ou en germe, classés par partie adverse : salariés, clients, fournisseurs, administrations. Deuxièmement, les risques fiscaux, sociaux et réglementaires latents : TVA, prix de transfert, crédit d'impôt recherche, redressements URSSAF en germe, expositions RGPD et environnementales. Troisièmement, les contrats commerciaux stratégiques et leurs clauses intuitu personae, de changement de contrôle ou d'exclusivité. Quatrièmement, la concentration du chiffre d'affaires sur le premier client et sur les trois premiers. Cinquièmement, la dépendance au dirigeant. Sixièmement, les engagements hors bilan : cautions personnelles, garanties de passif antérieures, retraites chapeau, locations financières. Septièmement, la propriété intellectuelle, en particulier les marques déposées au nom du dirigeant plutôt qu'au nom de la société. La détection se conduit de 18 à 24 mois avant la cession, la remédiation peut demander jusqu'à 36 mois.
Faut-il confier la préparation au mandataire de cession ?
La rémunération du mandataire est une commission de succès déclenchée au closing. Ses objectifs sont le prix de marché et le respect du calendrier, non la fiscalité personnelle du cédant ni la cessibilité de l'entreprise à long terme. La préparation se confie à deux prestataires distincts. Un avocat fiscaliste indépendant du mandataire, pour l'audit des régimes mobilisables au regard du profil patrimonial réel et le calendrier à rebours depuis la date de cession visée. Un expert-comptable ou un cabinet M&A rémunéré aux honoraires, sans intéressement au closing, pour la valorisation indépendante et l'identification des facteurs qui pèsent sur la valeur. Demander la valorisation au mandataire pressenti pour vendre mélange l'évaluation et la prise de mandat.
Dans quels cas céder vite rapporte-t-il plus qu'attendre ?
Trois configurations. Un acquéreur stratégique se présente avec une prime de synergie : un industriel du même secteur paie pour un accès au marché, un portefeuille client ou une brique technologique, et non pour un multiple de résultat ; attendre peut faire perdre la fenêtre et l'acquéreur. Le cycle sectoriel est au sommet : une entreprise cédée en haut de cycle se valorise sur des comptes qui ne se reproduiront pas, et se préparer deux ans pour arriver en bas de cycle détruit plus de valeur que la préparation n'en crée. La motivation du dirigeant se dégrade : les comptes se dégradent au moment où ils devraient s'améliorer. Le critère commun : la préparation crée de la valeur quand elle comble un écart de prix mesuré, pas quand elle repousse une décision.

Sources

  1. Code général des impôts — article 150-0 B ter (apport-cession et report d'imposition)legifrance.gouv.fr · en vigueur en 2026
  2. Code général des impôts — article 150-0 D ter (exonération pour départ à la retraite, abattement fixe de 500 000 €)legifrance.gouv.fr · en vigueur en 2026
  3. Code général des impôts — articles 787 B et 787 C (Pacte Dutreil, exonération partielle de 75 %)legifrance.gouv.fr · en vigueur en 2026
  4. BOFiP-Impôts — BOI-RPPM-PVBMI-30-10-60 (conditions de remploi du 150-0 B ter)bofip.impots.gouv.fr · BOFiP — mise à jour attendue après la loi de finances 2026
  5. Gide Loyrette Nouel — Article 150-0 B ter et loi de finances 2026 : durcissement du remploi et exclusions immobilièresgide-realestate.com · 10 février 2026
  6. Revue Fiduciaire — LF 2026 : apport-cession en 150-0 B ter du CGI et durcissement des conditions du remploirevue-fiduciaire.com · 9 février 2026
  7. TZE Avocat — 150-0 B ter (apport-cession) : modifications issues de la loi de finances 2026tze-avocat.fr · Février 2026
  8. Sénat — Rapport d'information de la Délégation aux entreprises, « Reprendre pour mieux entreprendre dans nos territoires » (méconnaissance du Pacte Dutreil, sondage CCI France-OpinionWay de septembre 2022)senat.fr · 6 octobre 2022
  9. Direction générale des entreprises — Étude Théma n° 30 sur les transmissions d'entreprises (37 200 transmissions en 2024)entreprises.gouv.fr · Juin 2025
  10. DGFiP — Guide de l'évaluation des entreprises et des titres de sociétés (diagnostic stratégique, primes et décotes)impots.gouv.fr · Juin 2026
  11. Bpifrance Création — Panorama du marché de la reprise d'entreprisebpifrance-creation.fr · Mise à jour 2024-2025
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Rédigé par

Florent Jacques

Cofondateur et Head of AI de Gravity Capital

Conçoit les outils et agents IA au service des opérations de haut de bilan et de la transmission de PME. Cofondateur de FinKey et Head of AI de Gravity Capital.

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  • 12+ ans d'expérience en opérations capitalistiques
  • Gravity Capital
  • Private Equity · M&A / Cession de PME · LBO / OBO
  • Affiliations : Commission FinTech — Lyon Place Financière et Tertiaire, Comité de labélification — Finance Innovation

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